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Coco, 2020



Photo © Simon Feydieu, ZZ Pants, 2001

Bonjour les grands, je suis Coco, le clown pandémique.

Je circule dans les rues, je parade, mes grandes pointures claquant sur le bitume, de part et d’autre de la ligne continue des avenues désertes. Clac Clac Clac. Je tiens la cadence. Clac Clac Clac. Souvenez-vous bien de ce son. Je passe sous vos fenêtres aux mêmes heures; vous savez où et quand me trouver.


Ma perruque fait dégouliner mes tempes, ma frange, mon front. La sueur perle au-dessus de mes lèvres. Quand il pleut, mon maquillage dégouline dans mon cou. Mes bijoux brillent le jour et la nuit. Je sors de mes grandes poches des confettis qui s’envolent et qui émerveillent vos enfants. Je fais des tours, qui hypnotisent, charment l’audience, rassurent et atténuent vos angoisses, rompent votre ennui. Tous vous applaudissez.

Dans douze heures, je repasserai sous vos fenêtres. Clac Clac Clac. Les paupières, les cernes et les sourcils fardés d’un épais maquillage, mes yeux blancs brilleront dans le noir. Ils scruteront chaque porte et entrée d’immeuble. Vous, les parents épuisés, les abdicateurs, les vidés, les à-bout-de-souffle, les dépassés, les névrosés, les dépressifs, les déconfis, vous me confirez, sur votre seuil, vos enfants ensommeillés.

Lors de vos sorties d’une heure journalière de télétravailleur, de chômeur technique, de licencié abusé, d’entrepreneur effondré, d’oisif forcé, de confiné, ramassez donc un de mes confettis, que vous diluerez dans le verre de lait, de chocolat, d’eau, de jus ou de soda de vos enfants.


Hagards, ils me suivront docilement jusqu’au bout de la ligne de séparation, le long des platanes, à travers les feux rouges et verts célibataires, jusqu’au fleuve.

Et si jamais vous le regrettez, je vous croiserai dans la rue, le lendemain, agenouillés sur le bitume, léchant mes confettis.

Hohoho.



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