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La Grande Lessive, 2022

disponible à La Médiathèque Autonome, projet artistique d'Ethan Assouline, La Tôlerie, espace d'art municipal, Clermont Ferrand, 2022

Photo © Simon Feydieu / La Grande Lessive, vue de restitution de résidence à la Diode, Clermont Ferrand, 2022



Pour la plupart des nouvelles expressions à la mode, des néologismes ou anglicismes, mon visage persiste à afficher cet état d’hébétude, comme si trahir mon ignorance m’importait d’avantage que d’accepter avec indifférence une nouvelle information mineure. Jalouser la connaissance de son interlocuteur. Envie de manger son foie, son coeur, son cerveau. Bouche béante. « Le cri » en verlan.


Je crois comprendre que « La grande lessive »1 est une pratique dans les écoles maternelles et primaires, qui prit de l’ampleur lors du premier déconfinement. Elle consiste en l’affichage sur les grilles ou les murs de l’établissement des productions plastiques des élèves. La guirlande à thème s’arque sur la façade comme un sourire édentée du bonheur, révélant une activité interne, colorée, foisonnante, tranchant avec la morosité ambiante, la distanciation sociale et les expressions masquées. Nos murs. Du vent.


« C’est la grande lessive ». « Wouah ». « Hihihi ». « T’as vu mon dessin ? » Non. « Si, là ». Ah, oui…

Les artistes ne sont pas des enfants. Mon atelier ne fait pas école. Il déborde néanmoins de productions invisibles. Le confinement n’y est pour rien / Le confinement y est pour quelque chose.

Peu de passage dans la zone d’activité de P.B. City si ce n’est la queue hebdomadaire pour l’aide alimentaire des Restos du coeur. Les voisins Restos du coeur. Les Restos voisins du coeur. Les Restos du coeur voisin. Sur leur bureau d’accueil, un buste en céramique à l’effigie du clown Coluche, version Pierrot Gourmand. Nous partageons un portail. Nous partageons une chaussée.


Hugo me rappelle qu’il fut un temps sans lavomatique ni lave-linge. Le temps des lavoirs publiques sans graffiti, sans capote, sans odeur d’urine et sans mégot. On y exposait, malgré soi/ c’est ainsi, le contenu de tiroirs et d’armoires, dans un patchwork de fibres et de couleurs, le temps de les vider de leur crasses, de leur traces de pneu et de leur auréoles païennes. Remporter le lot sous le bras, dans un baluchon ou un panier. Après avoir balancer quelques ragots.


Le drame de produire des objets sans destination est qu’ils s’accumulent dans l’atelier. Se résoudre à les placer ou les abandonner. Le Petit Poucet n’est pas une histoire d’enfant unique, c’est l’histoire d’une fratrie nombreuse, où le nombre de victimes importe peu.


L’espace de l’atelier ne suffit pas pour le ranger. Des échardes dans le gosier. Il faut d’abord les régurgiter. Construire un radeau de Pinocchio. Le sculpteur amalgame de la matière et/ou taille dans la masse. Ajouter ou soustraire.

Faire l’inventaire de sa baleine.


Pincer du linge sur une corde est un art mineur. Accrocher un tableau droit également. Répartir les formats le long d’une ligne. Pragmatique et attentif. Chercher l’équilibre. Funambule. Ceux qui tombent seront éliminés.

Ne pas laisser de trace / Laisser son empreinte.

La plupart des artistes ne sont plus des artistes après leur mort.


C’est la grande lessive. Il y a des tâches, du bleu, du vert, du bleu….

Dire au revoir sans se pincer. Sans respirer et sans salir.


1 Désolé pour les instituteurs/rices de mes enfants, mais rendre hommage à Joëlle Gonthier, je peux pas;)

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